Combien de logiciels utilisez-vous vraiment ?
Presque personne ne peut citer tous les logiciels de son entreprise. Faire l'inventaire en une demi-journée, et ce que le résultat vous dit.

Par Jérôme Knops
Publié le 19 septembre 2026 · Mis à jour le 20 septembre 2026 · 6 min de lecture

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La question part déjà rédigée, avec l'adresse de cet article.
Je pose systématiquement la question en premier rendez-vous : « vous avez combien de logiciels ? » La réponse commence toujours par une énumération assurée, ralentit vers le cinquième, et se termine presque toujours par la même phrase : « je dois en oublier. »
Ce n'est pas un reproche. C'est le symptôme normal d'une entreprise qui a résolu ses problèmes un par un, au fil des années, ce qui est exactement ce qu'il fallait faire à chaque fois.
Pourquoi personne n'a la liste
Chaque achat était justifié
Chaque outil a été acheté pour une bonne raison, par quelqu'un de compétent, pour régler un problème réel. Le comptable a pris son outil de recouvrement. Les ressources humaines ont pris leur système de gestion du personnel. Les commerciaux ont leur gestion de la relation client. La trésorerie a le sien. Chacune de ces décisions est défendable isolément.
Pourquoi personne ne connaît la liste complète ?
- Personne n'est propriétaire de l'ensemble. Chaque direction connaît ses outils, aucune ne connaît ceux des autres.
- Les petits outils ne laissent pas de trace. Une base locale montée par une personne pour suivre un processus n'apparaît dans aucun budget. Elle est pourtant critique le jour où cette personne est absente.
- Rien ne sort jamais. On ajoute un outil quand un besoin apparaît ; on ne retire presque jamais celui qu'il remplace partiellement.
L'inventaire, en une demi-journée
Comment faire l'inventaire des logiciels d'une entreprise ?
Ce n'est pas un audit. C'est un tableau, et il n'a besoin que de trois colonnes pour devenir utile.
Faites le tour des responsables — cinq à huit personnes suffisent dans une PME — avec toujours les mêmes questions, et remplissez :
| Colonne | La question qui la remplit |
|---|---|
| L'outil | Qu'est-ce que vous ouvrez le matin ? |
| Ce qu'il porte | Quelle information ne vit que là-dedans ? |
| Comment la donnée entre et sort | Qui la saisit, et où elle repart ensuite ? |
C'est la troisième colonne qui fait tout le travail. Elle révèle les ressaisies, et une ressaisie est toujours un coût récurrent que personne n'a chiffré.
Les deux colonnes qui servent à trier
Ajoutez-en deux pour trier ensuite : le coût annuel (licence plus temps humain) et le nombre de personnes qui s'en servent vraiment. Un outil à huit mille euros par an utilisé par deux personnes n'est pas forcément à supprimer — mais la question mérite d'être posée une fois.
Ah, et il y a aussi le petit fichier que j'utilise pour la refacturation. Mais ça, ce n'est pas vraiment un logiciel.
Si, justement. Un fichier qui porte une information que personne d'autre n'a, qui sert tous les mois et qu'une seule personne sait faire tourner, est un logiciel — avec la particularité de n'avoir ni support, ni sauvegarde, ni successeur.
Ce que le tableau montre presque toujours
Trois choses, dans cet ordre.
Les ressaisies
La même donnée entrée deux ou trois fois : le client dans l'outil commercial puis dans la facturation, les heures sur un papier puis dans la paie, la facture fournisseur dans l'outil de validation puis en comptabilité. Chaque ressaisie a un coût horaire et un taux d'erreur. Ce sont les premiers euros à récupérer, et les plus faciles.
Les zones sans outil
Il y a toujours un processus important qui ne vit nulle part : la refacturation entre sociétés, le suivi des accréditations des techniciens, les variables de paie. Ces zones-là sont tenues à bout de bras par une personne, et c'est le vrai risque.
Les recouvrements
Deux outils qui font partiellement la même chose, chacun tenu par un service différent, avec deux versions de la vérité. Personne ne veut lâcher le sien, et les deux ont raison, parce que chacun a une fonction que l'autre n'a pas.
Ce qu'il faut en conclure — et ne pas en conclure
La conclusion tentante est « il faut tout unifier ». C'est presque toujours la mauvaise.
Un outil qui marche, que les équipes maîtrisent, et dont le coût est connu, n'a aucune raison d'être remplacé. Le remplacer, c'est payer pour retrouver ce que vous aviez déjà. La comptabilité, la paie, la gestion du personnel : laissez-les tranquilles.
Ce qu'il faut viser, dans l'ordre :
1. Supprimer les ressaisies entre les outils qui restent. C'est du raccordement, pas du remplacement, et ça se fait en quelques semaines.
2. Donner un outil aux zones qui n'en ont pas. C'est là que le sur-mesure est le plus rentable, parce qu'il n'y a rien à reprendre ni à migrer.
3. Trancher les recouvrements, en dernier, quand les deux premiers points ont déjà rendu la question moins sensible.
| Ce que révèle l'inventaire | Coût typique | Ce qu'il faut faire | Délai |
|---|---|---|---|
| Une ressaisie entre deux outils | 2 à 8 h par semaine | Raccorder | Quelques semaines |
| Un processus sans outil | Une personne indispensable | Outiller sur mesure | 6 à 10 semaines |
| Deux outils qui se recouvrent | Deux versions de la vérité | Trancher, en dernier | Après les deux autres |
| Un outil peu utilisé | Son abonnement | Décider une fois, puis oublier | Une réunion |
La question à poser avant d'acheter le suivant
Une seule, et elle suffit la plupart du temps :
« Quelle information cet outil portera-t-il que je n'ai déjà nulle part ? »
S'il n'y en a pas, vous achetez une interface, pas une capacité. Ça arrive, et ce n'est pas illégitime — mais autant le savoir avant de signer plutôt qu'au bout d'un an.
Et une seconde, pour les cas où la première a une bonne réponse : « qui ressaisira, et combien de fois par mois ? » Si la réponse est « personne », excellent. Si la réponse commence par un prénom, ajoutez ce coût à l'abonnement avant de comparer.
Ce que nous faisons de cet inventaire
L'inventaire ne sert pas à supprimer des outils. Il sert à repérer les endroits où la même donnée est saisie deux fois, parce que c'est là que se trouve le travail invisible.
Notre réponse n'est presque jamais « remplaçons tout ». C'est plutôt : votre ERP reste le registre, vos tableurs restent pour les simulations, et nous construisons la couche qui manque entre les deux — celle où l'information circule sans être retapée. La page qui décrit cette couche explique ce qu'elle fait et ce qu'elle ne fait pas.
Inventaire des outils : ce qu'il faut retenir
Presque aucune entreprise ne connaît sa liste complète, et ce n'est pas un défaut d'organisation : c'est la conséquence normale d'avoir bien résolu ses problèmes un par un.
Faites l'inventaire en trois colonnes, dont la plus importante est « comment la donnée entre et sort ». Les ressaisies qu'elle révèle sont vos premiers euros récupérables.
Puis résistez à l'unification. Raccordez ce qui marche, outillez ce qui n'existe pas, et gardez le remplacement pour la fin — voire pour jamais.
Questions fréquentes
Comment faire l'inventaire des logiciels d'une entreprise ?
En une demi-journée, avec un tableau de trois colonnes : l'outil, ce qu'il porte comme information, et comment la donnée y entre et en sort. Faites le tour de cinq à huit responsables avec les mêmes questions. C'est la troisième colonne qui fait le travail : elle révèle les ressaisies, et une ressaisie est toujours un coût récurrent que personne n'a chiffré.
Pourquoi personne ne connaît la liste complète ?
Trois mécanismes. Personne n'est propriétaire de l'ensemble : chaque direction connaît ses outils, aucune ne connaît ceux des autres. Les petits outils ne laissent pas de trace budgétaire. Et rien ne sort jamais : on ajoute quand un besoin apparaît, on ne retire presque jamais ce qui est partiellement remplacé.
Faut-il unifier tous ses outils dans un seul ?
Presque jamais. Un outil qui marche, que les équipes maîtrisent et dont le coût est connu n'a aucune raison d'être remplacé : le remplacer, c'est payer pour retrouver ce qu'on avait déjà. Visez plutôt à supprimer les ressaisies entre les outils qui restent, puis à outiller les zones qui n'ont aucun outil.
Quelle question poser avant d'acheter un logiciel de plus ?
Deux. « Quelle information cet outil portera-t-il que je n'ai déjà nulle part ? » — s'il n'y en a pas, vous achetez une interface, pas une capacité. Et « qui ressaisira, et combien de fois par mois ? » — si la réponse commence par un prénom, ajoutez ce coût à l'abonnement avant de comparer.

Fondateur et CTO d'Edenio
Jérôme Knops est le fondateur d'Edenio, où il conçoit et développe des applications métier sur mesure pour des entreprises du bâtiment, de la supply chain et de la distribution. C'est lui qui mène les rendez-vous de cadrage, écrit le code, et reste l'interlocuteur quand l'outil est en production.
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