Stock dormant : par où commencer quand le facile est déjà fait
Baisser le stock est facile la première année, difficile la deuxième. Trouver celui qui dort en queue de catalogue, et l'écouler proprement.

Par Jérôme Knops
Publié le 19 septembre 2026 · Mis à jour le 20 septembre 2026 · 6 min de lecture

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La question part déjà rédigée, avec l'adresse de cet article.
Il y a un moment très précis, dans la vie d'un projet de réduction de stock, où tout se complique. Les premiers millions sont sortis sans douleur. Puis, comme me le disait un dirigeant, « ça commence à grincer ». Ce n'est pas un problème de volonté. C'est que le stock facile à réduire est déjà réduit.
Le stock dormant ne se trouve pas là où on le cherche
L'intuition envoie vers les grosses lignes : ce sont elles qui pèsent en euros, donc c'est là qu'il y a à gagner. C'est vrai la première année seulement.
Sur les grosses références, l'argent dort peu
Sur les références à forte rotation, le stock est gros mais il tourne. Porter cent cinquante jours sur une référence qui fait quotidiennement du chiffre est un choix, parfois le bon, surtout si le réapprovisionnement est long. L'argent y dort peu de temps, et la rupture y est immédiatement visible.
Le gisement est dans la multitude
Le vrai gisement est ailleurs : deux ou trois cents jours de couverture sur des références de classe C, qui ne font que quelques pour cent du chiffre d'affaires mais occupent une place considérable en valeur cumulée, parce qu'elles sont nombreuses.
Personne ne les regarde individuellement — chacune est trop petite pour mériter une réunion — et c'est précisément pour ça qu'elles s'accumulent. Un catalogue de dix mille références en compte facilement sept mille en classe C ; à quelques centaines d'euros pièce, l'addition dépasse souvent les best-sellers.
Trois définitions du « dormant », et celle qu'il faut retenir
Selon la définition retenue, on ne parle pas de la même marchandise ni du même montant.
Le stock sans mouvement : simple, et trompeur
Par exemple aucune sortie depuis douze mois. Facile à calculer, et trompeur : une pièce détachée de sécurité qui ne sort jamais fait très bien son travail. La sortir du stock serait une économie sur le papier et un risque d'arrêt de production en vrai.
Le surstock : plus juste, mais il faut une cible
C'est la part au-delà de la couverture cible. Plus juste, mais il faut avoir une couverture cible par référence, ce que peu d'entreprises ont. Sans elle, l'indicateur est incalculable.
Comment repérer le stock dormant avant qu'il soit invendable ?
La référence tourne encore, mais deux fois moins vite qu'il y a dix-huit mois. C'est le signal le plus utile, parce qu'il arrive avant que la marchandise soit invendable.
Nous retenons celui-ci, avec une règle simple : pour chaque référence, comparer les sorties des six derniers mois à celles des six mois précédents. Une baisse de plus de moitié, sur une référence qui porte plus de cent jours de couverture, mérite un arbitrage.
Sur les trente premières lignes, il y en a une vingtaine dont je peux vous dire tout de suite ce qui s'est passé.
Ce genre de réaction est bon signe. Une liste utile est une liste que le dirigeant reconnaît.
Les quatre sorties possibles, dans l'ordre
Quand une référence est identifiée, il n'y a que quatre issues. Les prendre dans cet ordre évite de brader ce qui pouvait encore se vendre.
1. La déplacer
Elle dort ici, elle manque ailleurs. C'est la sortie la plus rentable quand elle est possible — et elle ne l'est pas toujours, voir plus bas.
2. La vendre au prix normal, à quelqu'un qui la cherche
Une référence dormante est presque toujours une référence que personne ne propose plus activement. La remettre dans une offre, un devis type, un argumentaire, coûte moins qu'une remise. C'est l'issue la plus sous-exploitée des quatre.
3. La solder
Perdre vingt pour cent maintenant coûte moins cher que porter la marchandise deux ans de plus. Le calcul est à faire, et il surprend souvent dans le bon sens.
| Décision | Perte immédiate | Coût de portage sur 2 ans | Total |
|---|---|---|---|
| Solder à −20 % | 20 % | 0 % | 20 % |
| Garder 2 ans puis vendre | 0 % | 30 % (à 15 %/an) | 30 % |
| Garder 2 ans puis sortir | 100 % | 30 % | 130 % |
4. La sortir
Provisionner et évacuer. C'est la seule qui fait mal, et celle qu'on repousse trop longtemps, parce qu'elle oblige à constater une erreur ancienne. Plus on attend, plus la ligne du milieu du tableau se transforme en ligne du bas.
L'erreur classique est de passer directement à la trois. La deux est presque toujours sous-exploitée.
Le piège du transfert entre sites
Déplacer semble évident : la marchandise est déjà payée, il suffit de la bouger. Sauf que le transport a un prix, et qu'il n'est pas proportionnel à la distance.
Pourquoi le fret ne suit-il pas la distance ?
J'ai en tête une entreprise multi-sites où le fret entre deux îles distantes de deux cent cinquante kilomètres coûte le double du fret depuis le port d'expédition en métropole, à plusieurs milliers de kilomètres. Dans ces conditions, transférer une référence de classe C revient plus cher que de la solder sur place.
Le calcul que l'application fait à votre place
La règle que nous codons dans les applications que nous livrons tient en une comparaison, faite automatiquement :
coût du transfert + coût de manutention vs. valeur nette de la marchandise × probabilité de la vendre à l'arrivée
Si le premier terme dépasse le second, l'application ne propose pas le transfert. Elle propose autre chose. C'est exactement le genre d'arbitrage qu'un humain ne refait pas cinq cents fois par mois, et qu'une machine refait sans se lasser.
Empêcher que ça recommence
Écouler le dormant sans changer ce qui l'a produit garantit de recommencer dans dix-huit mois. Trois mécanismes suffisent, et aucun n'est spectaculaire.
À quelle fréquence recalculer les classes ?
Une référence qui passe de B à C doit voir sa couverture cible baisser toute seule. Une classification figée est une classification fausse au bout d'un an.
Alerter sur la dérive, pas sur le niveau
« Cette référence porte deux cents jours » n'apprend rien à personne : c'est peut-être son niveau normal. « Cette référence portait quatre-vingt-dix jours il y a six mois » déclenche une action.
Rendre le coût de portage visible à l'achat
Un acheteur qui voit, en validant sa commande, ce que la quantité proposée immobilisera et pendant combien de mois, ajuste de lui-même. C'est le moment où la donnée vaut quelque chose — pas trois mois plus tard dans un rapport.
Comment nous faisons remonter le dormant
Le stock dormant ne se cherche pas, il se signale. Chaque référence porte sa date de dernière sortie et sa couverture ; celles qui dépassent leur seuil remontent d'elles-mêmes, avec leur coût de possession annuel en face.
C'est ce chiffre-là qui déclenche la décision, parce qu'il rend la comparaison possible : garder, solder ou transférer cesse d'être une question de ressenti. Voir le module stocks et approvisionnement.
Stock dormant : ce qu'il faut retenir
Le gisement n'est pas dans vos grosses références, il est dans la multitude de petites que personne ne regarde une par une.
Repérez-le par la rotation qui se dégrade plutôt que par l'absence de mouvement : vous gagnez douze à dix-huit mois sur le diagnostic.
Et avant de transférer quoi que ce soit entre deux sites, faites le calcul du transport. Il arrive souvent qu'écouler sur place coûte moins cher que déplacer — ce qui est contre-intuitif, et c'est bien pour ça qu'on se trompe.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un stock dormant, exactement ?
Il y a trois définitions, et elles ne désignent pas la même marchandise. Le stock sans mouvement, simple mais trompeur : une pièce de sécurité qui ne sort jamais fait très bien son travail. Le surstock, c'est-à-dire la part au-delà de la couverture cible. Et le stock à rotation dégradée, qui tourne encore mais deux fois moins vite qu'il y a dix-huit mois. C'est le troisième qu'il faut suivre : il arrive avant que la marchandise soit invendable.
Comment repérer le stock dormant sans y passer des semaines ?
Une règle suffit : pour chaque référence, comparer les sorties des six derniers mois à celles des six mois précédents. Une baisse de plus de moitié sur une référence portant plus de cent jours de couverture mérite un arbitrage. Triée par valeur immobilisée décroissante, cette liste se lit en une heure.
Faut-il solder ou transférer une référence qui dort ?
Quatre issues, dans cet ordre : la déplacer là où elle manque, la remettre dans une offre active, la solder, la sortir. L'erreur classique est de passer directement à la troisième. La deuxième est presque toujours sous-exploitée : une référence dormante est souvent une référence que plus personne ne propose.
À partir de quand solder coûte-t-il moins cher que garder ?
Comparez la perte immédiate au coût de portage cumulé. À quinze pour cent de coût de possession annuel, garder deux ans coûte trente pour cent de la valeur. Si la référence ne se vendra pas dans les deux ans, une remise de vingt pour cent aujourd'hui est le choix rentable — et cela se démontre au lieu de se discuter.
Pourquoi le stock dormant se trouve-t-il surtout en classe C ?
Parce que chaque référence de queue de catalogue est trop petite pour mériter une réunion. Personne ne les regarde une par une, et ensemble elles pèsent des millions. Sur les références à forte rotation, à l'inverse, le stock est gros mais il tourne : l'argent y dort peu de temps et une rupture s'y voit tout de suite.

Fondateur et CTO d'Edenio
Jérôme Knops est le fondateur d'Edenio, où il conçoit et développe des applications métier sur mesure pour des entreprises du bâtiment, de la supply chain et de la distribution. C'est lui qui mène les rendez-vous de cadrage, écrit le code, et reste l'interlocuteur quand l'outil est en production.
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